En bref :
Ma moto a été flashée 3 fois en inter-files : comment les radars lisent vraiment ta situation ?
Quand une moto se fait flasher trois fois en inter-files sur la même semaine, la première réaction, c’est souvent la panique. Le réflexe suivant, c’est de se dire que la manœuvre est maintenant légale, donc que les infractions ne devraient pas tomber. Sauf que le radar, lui, ne connaît ni les habitudes des motards, ni les nuances de la jurisprudence. Il applique une règle simple : si la vitesse détectée dépasse la limitation, ou si la trajectoire sort de ce qui est autorisé, le cliché part.
La généralisation de la circulation en inter-files par le décret du 9 janvier 2025 a donné de l’air aux deux-roues, mais n’a pas du tout désactivé les radars. La réglementation autorise la CIF dans un cadre précis : entre les deux voies les plus à gauche, sur des axes de type autoroute ou voies rapides à terre-plein central, dès que les files sont établies en continu et que la vitesse des voitures est très faible. La moto peut alors se glisser entre les voitures, mais en restant sous les 50 km/h, et même sous 30 km/h si une des files est à l’arrêt complet.
Le problème, c’est que les radars ne savent pas mesurer l’état du trafic autour de toi. Ils ne voient pas si les voitures sont à l’arrêt, ni si tu roules proprement en inter-files. Ils mesurent seulement ta vitesse instantanée et, dans certains cas, ton placement sur la chaussée. Résultat : un motard qui roule à 55 km/h en inter-files sur un axe limité à 50 km/h se fait flasher comme n’importe quel automobiliste, même si sa manœuvre respecte la logique de la CIF. Les nouvelles règles n’ont pas reprogrammé le matériel.
Autre détail qui met des motards en galère : la plupart des cabines ne lisent que l’arrière des véhicules. Sur une moto, la plaque est plus basse, parfois partiellement masquée par un top-case ou un garde-boue. Certains clichés sont donc inexploités, d’autres parfaitement nets. Et quand trois photos sortent claires, difficile d’espérer un miracle administratif sans travail de fond derrière.
Concrètement, quand plusieurs avis de contravention arrivent, la situation est rarement noir ou blanc. Certains clichés ont pu être pris en dehors d’une zone où l’inter-files est autorisée. D’autres le sont sur des axes concernés par le décret, mais à une vitesse clairement au-dessus du seuil. Il y a aussi les cas où le flash se déclenche sur une portion où la circulation n’était plus vraiment en file ininterrompue, par exemple en fin de bouchon, là où les voitures recommencent à accélérer.
C’est dans ces zones “grises” que se joue la défense. La contestation ne va pas se construire sur le fait de rouler en inter-files, mais sur des éléments plus concrets : type de voie, limitation affichée, état du trafic au moment du flash, présence éventuelle de travaux ou de météo dégradée. Les photos du radar, croisées avec une description précise du trajet, peuvent parfois faire basculer le dossier.
Dernier point souvent oublié : même si une manœuvre d’inter-files est globalement tolérée par la pratique, elle doit coller aux textes en vigueur sur tout le tronçon. Rouler de façon fluide entre les voitures n’efface pas un excès de vitesse pur et simple. Les radars rappellent cette réalité de manière brutale, mais ils agissent dans le cadre de règles qui peuvent ensuite être discutées devant un juge. Toute la nuance est là : le flash sanctionne, le tribunal interprète.
Que dit la réglementation inter-files après le décret 2025-33 et pourquoi ça change ton risque d’infractions ?
Pour comprendre ce que les juges regardent vraiment entre 2024 et 2026, il faut poser calmement les bases de la réglementation. Le décret du 9 janvier 2025, souvent appelé décret 2025-33, ne sort pas de nulle part. Il arrive après deux longues phases d’expérimentation lancées en 2016, élargies en 2021, analysées par le CEREMA, puis retravaillées avec des acteurs comme la FFMC, la FFM, des assureurs et des représentants de la filière moto.
Le texte final bascule la logique : avant, l’inter-files était interdite sauf test local. Maintenant, sur les axes définis, c’est l’autorisation qui devient la règle, et l’interdiction l’exception signalée par panneaux. La CIF est possible sur les autoroutes et les axes à terre-plein central avec au moins deux voies dans le même sens, où la vitesse “théorique” du type de route est d’au moins 70 km/h dans le Code de la route. Même si une autorité locale décide de baisser la limitation, comme sur le boulevard périphérique parisien, l’inter-files reste autorisée par ce fameux “nonobstant” glissé dans le nouveau texte.
Ce détail a un impact concret pour les parisiens. Quand le périph est passé à 50 km/h, beaucoup se sont demandé si la CIF allait disparaître sur l’axe le plus utilisé par les motards. Le décret règle la question : on garde la référence aux 70 km/h comme critère de type de voie, pas comme vitesse réellement affichée. Du point de vue du droit, ça permet de maintenir l’inter-files tout en continuant à réduire les vitesses maximales locales.
La vitesse de la moto en CIF, elle, est plafonnée à 50 km/h, avec une règle supplémentaire : dès qu’une des files adjacentes est complètement arrêtée, la machine en inter-files ne peut pas dépasser 30 km/h. Cette limite vient des études d’accidentologie montrant que la gravité des chocs est liée surtout au différentiel de vitesse entre la moto et les voitures. Plus le décalage est faible, plus les manœuvres d’évitement restent possibles.
La réglementation verrouille aussi le positionnement : uniquement entre les deux voies les plus à gauche, jamais entre d’autres files ni sur voie de droite, bande d’arrêt d’urgence ou sortie d’échangeur. Elle précise par ailleurs qu’aucun dépassement entre deux motos déjà en CIF n’est admis, histoire de limiter les zigzags à haute vitesse dans un espace déjà étroit.
En parallèle, un nouvel article du Code de la route, le R. 412-11-3, vient poser les conditions générales et créer une infraction spécifique. Ne pas respecter ces règles, c’est désormais risquer une amende de quatrième classe, un retrait de trois points et, potentiellement, une suspension de permis pouvant grimper jusqu’à trois ans. Particularité qui pèse lourd pour un motard flashé en série : le titulaire de la carte grise peut aussi être directement concerné par la perte de points et la suspension si l’auteur de l’infraction n’est pas clairement identifié.
Toute cette architecture sert de référence quand une moto est flashée en situation d’inter-files. Si les clichés montrent une plaque entre les deux files les plus à gauche, sur un axe concerné, en circulation dense, avec une vitesse proche de 30 ou 40 km/h, la discussion devant un juge ne ressemblera pas du tout à celle d’un excès à 80 km/h sur le même tronçon. La CIF légale n’efface pas la limitation, mais elle change la façon dont le comportement global du conducteur est regardé.
Pour les trajets du quotidien en région parisienne, certains guides comme cet aperçu des trajets en inter-files à Paris aident à visualiser les axes réellement favorables à une pratique encadrée, et ceux où les risques d’erreurs de placement ou de vitesse explosent. La théorie du décret, c’est une chose. La réalité des trajets, avec les entrées d’autoroutes, les bus, les poids lourds et les changements de voie intempestifs, c’est autre chose. Et c’est précisément à ce croisement que la réglementation devient stratégique pour éviter la collection de PV.
Une fois ce socle réglementaire posé, la question suivante, c’est de savoir comment les juges utilisent ces textes quand un motard conteste une infraction ou demande réparation après un choc.
Comment la jurisprudence 2024-2026 traite une moto en inter-files flashée ou accidentée ?
Entre 2024 et 2026, la jurisprudence autour de la moto en inter-files a pris une tournure plus lisible. Les juges ne se contentent plus de dire “interdit” par principe. Ils comparent en détail les faits concrets avec les conditions posées d’abord par les décrets d’expérimentation, puis par le décret généralisant la CIF. L’idée est simple : un motard qui colle au texte se voit reconnaître un comportement normal, un autre qui s’en écarte se voit reprocher une faute.
Un arrêt de la Cour d’appel de Paris du 21 décembre 2023 a posé un jalon important. Dans ce dossier, l’automobiliste tentait de faire porter une partie de la responsabilité au motard, au motif qu’il circulait en inter-files. Les magistrats ont retourné la situation : faute de preuve que le conducteur du deux-roues avait violé les conditions de l’expérimentation (lieu, placement, vitesse, état du trafic), la manœuvre n’a pas été jugée fautive. Résultat, la responsabilité du motard n’a pas été retenue comme le prétendait l’assurance adverse.
Cette logique se retrouve dans les décisions plus récentes : c’est à celui qui reproche une faute de démontrer en quoi les règles de la CIF n’ont pas été respectées. Ça peut passer par des témoignages, des plans, des rapports de police, ou l’analyse des dommages matériels. Si rien ne vient contredire la version du motard, les juges ont tendance à considérer qu’il circulait dans le cadre légal. Ce point est essentiel quand on parle d’indemnisation de dommages corporels, où la moindre faute retenue peut réduire la réparation voire l’exclure.
Inversement, un arrêt de la Cour de cassation de 2020, rendu à propos d’un accident en dehors des zones d’expérimentation, rappelle que la marge de tolérance a des limites claires. Le motard dépassait par la droite dans un département non concerné par la CIF expérimentale. L’assureur a réduit son indemnisation de moitié, considérant son comportement fautif. La haute juridiction a validé cette réduction, en rappelant que, hors cadre autorisé, la circulation en inter-files retombe sous les règles générales : dépassement uniquement par la gauche, respect strict du Code de la route.
Depuis la généralisation post-2025, la grille de lecture des juridictions s’est ajustée. Pour une série de flashes en inter-files, les juges vont regarder successivement : le type de voie, l’état du trafic, la vitesse de la moto, sa trajectoire entre les files autorisées, et la présence éventuelle d’éléments perturbateurs (travaux, intempéries, voie réservée, bande cyclable). Une inter-files parfaitement cadrée sur le périph à 30 km/h au milieu de voitures à l’arrêt n’est pas jugée de la même manière qu’un slalom entre trois files à 70 km/h en sortie de bouchon.
La loi de 1985 sur les accidents de la circulation pèse aussi dans la balance. Son article 4 permet de réduire ou d’exclure le droit à indemnisation en cas de faute du conducteur victime. Avant la CIF encadrée, beaucoup de motards voyaient leur indemnisation sérieusement entamée dès qu’un assureur brandissait l’argument “inter-files illégale”. Aujourd’hui, la tendance est plus fine : la faute ne tient pas au simple fait d’être entre les voitures, mais au non-respect des conditions précises fixées par le décret et l’article R. 412-11-3.
Les données d’accidentalité confirment d’ailleurs cette approche : les études menées sur les phases expérimentales ont montré une augmentation d’accidents là où les règles n’étaient pas suivies, mais une accidentologie contenue quand la limite des 50 km/h était respectée. C’est ce qui a poussé le législateur à durcir certains points (infraction spécifique, limite à 30 km/h en cas de file arrêtée) plutôt qu’à interdire purement la pratique.
Pour un motard flashé plusieurs fois, cette jurisprudence récente ouvre une porte : si les clichés et le contexte montrent un respect global des conditions, il devient possible de plaider une disproportion de la sanction ou une confusion sur la réalité de la manœuvre. À l’inverse, si les photos révèlent une vitesse largement supérieure aux 50 km/h ou une circulation entre des files non autorisées, les arguments tombent vite à plat. L’essentiel, pour préparer une défense, c’est de replacer chaque flash dans sa situation précise, pas de contester la CIF dans l’absolu.
Une fois cette grille de lecture intégrée, la vraie question devient : que peut faire concrètement un motard pour contester, ou au contraire limiter la casse, quand plusieurs avis d’infraction arrivent en même temps ?
Comment contester une moto flashée trois fois en inter-files sans se tirer une balle dans le pied ?
Recevoir trois avis d’infractions en quelques jours pour une moto utilisée surtout en inter-files, ça donne vite l’impression que tout est perdu. Pourtant, la contestation reste possible, surtout quand on sait lire les PV à la lumière de la réglementation actuelle et des tendances de la jurisprudence. L’idée n’est pas de tout nier en bloc, mais de faire un diagnostic calme, cliché par cliché.
Premier réflexe : vérifier le lieu exact de chaque infraction. Sur certains axes, la CIF est autorisée, sur d’autres non, et certains tronçons comportent désormais une signalisation de restriction spécifique. Un trajet qui alterne autoroute, bretelles, voies urbaines et périph peut facilement mélanger zones où l’inter-files est légale et secteurs où elle redevient un dépassement irrégulier. Reconstituer le parcours, avec l’heure et la circulation probable, permet déjà de distinguer les PV potentiellement contestables de ceux qui le sont beaucoup moins.
Deuxième point : analyser la vitesse retenue. Les radars automatiques appliquent la marge légale avant de calculer la sanction, mais ils ne prennent pas en compte la logique des 30 km/h en cas de file arrêtée. Devant un juge, montrer qu’au moment du flash les voitures étaient à l’arrêt complet, que ta moto roulait à une vitesse modérée, et que la photo confirme un positionnement cohérent entre les deux voies de gauche peut faire pencher la balance, surtout en cas de petit dépassement du seuil.
Un tableau synthétique peut aider à y voir plus clair :
| Élément à vérifier | Impact possible sur la contestation |
|---|---|
| Type de voie (autoroute, voie rapide, urbain) | Permet de savoir si la CIF était potentiellement autorisée ou non |
| Position de la moto sur le cliché | Confirme ou non la circulation entre les deux voies les plus à gauche |
| Vitesse retenue par le radar | Compare la vitesse réelle avec le plafond de 50 km/h et la limite locale |
| État apparent du trafic | Argument clé pour évoquer les 30 km/h en cas de file complètement arrêtée |
| Signalisation présente sur la portion | Peut montrer une exception locale à l’autorisation d’inter-files |
Ensuite, vient le choix stratégique : contester tout, ou cibler certains PV. Tenter de sauver chaque point coûte du temps et peut finir par agacer la juridiction si certains dossiers sont manifestement mal engagés. À l’inverse, une contestation argumentée sur un ou deux avis, basée sur des captures de plans, des photos prises ultérieurement sur le même tronçon et un rappel précis des textes en vigueur, a beaucoup plus de poids.
Dans cette démarche, les habitudes de trajet comptent aussi. Un usager régulier d’axes comme le périphérique parisien ou certaines radiales d’Île-de-France peut montrer qu’il adapte sa conduite à des zones bien identifiées. Des ressources comme les comparatifs entre moto, vélo et métro à Paris mettent en évidence comment les flux de circulation se structurent réellement, et permettent de mieux expliquer à un juge pourquoi la CIF est souvent le seul moyen de garder un rythme de déplacement raisonnable sans multiplier les interversions de voie dangereuses.
Il faut aussi éviter les pièges classiques dans les lettres de contestation. Reconnaître par écrit une vitesse élevée “pour se sortir du bouchon” ou expliquer qu’on “remonte les files comme tout le monde” peut se retourner contre toi. Les juges se concentrent sur les faits précis et sur la cohérence avec les textes, pas sur un sentiment d’injustice générale. Mieux vaut décrire objectivement la situation, rappeler les conditions du décret, et souligner, quand c’est vrai, que la vitesse était modérée et la manœuvre stabilisée.
Si la situation devient lourde (multiples flashes, historique chargé, menace de suspension), l’accompagnement par un avocat qui maîtrise ces dossiers peut clairement faire la différence. Le temps gagné sur le permis et les points sauvés compensent souvent les honoraires. L’essentiel est d’arriver avec un dossier préparé : trajets reconstruits, copies des clichés, références aux textes, éventuellement attestations de témoins quand un accident est lié à une verbalisation.
Au final, contester intelligemment, ce n’est pas nier la réalité du flash. C’est remettre de l’ordre dans le contexte : où, comment, à quelle vitesse, et dans quel cadre juridique exact la moto circulait entre les files au moment où le radar s’est déclenché.
Quelles bonnes pratiques en inter-files pour éviter radars, infractions et mauvaises surprises avec les assureurs ?
La meilleure façon de ne pas jouer à la loterie avec les radars et la jurisprudence, c’est d’ajuster sa conduite en inter-files dès maintenant. Pas en renonçant à la pratique, mais en l’alignant sur ce que la réglementation et les études d’accidentologie ont montré comme raisonnable. Le cœur de l’idée : rester visible, prévisible, et garder une vitesse qui laisse le temps de réagir à chaque changement de trajectoire autour de toi.
Une routine simple peut vraiment changer tes trajets. D’abord, se fixer un plafond de vitesse personnel un peu en dessous des 50 km/h autorisés. En pratique, rester autour de 35–40 km/h dans les bouchons limite énormément le différentiel avec les voitures et laisse une marge confortable pour freiner si un véhicule change brusquement de file. Quand les voitures sont totalement figées, descendre encore, autour de 25–30 km/h, colle à la philosophie du décret sur les files à l’arrêt, même si le radar, lui, ne connaît pas cette nuance.
Ensuite, soigner le placement. L’inter-files se fait uniquement entre les deux voies les plus à gauche, ce n’est pas une option. Sortir de ce couloir pour gagner quelques voitures, par exemple en se glissant entre la voie de droite et la suivante, multiplie les angles morts et brouille totalement la lecture de ta trajectoire par les automobilistes. Des guides pratiques sur les angles morts des bus et véhicules lourds à Paris rappellent à quel point certaines zones restent invisibles depuis un poste de conduite, même avec des rétros bien réglés.
Pour ancrer ces réflexes, voici une liste courte mais efficace à garder en tête :
- Rester entre les deux voies de gauche, sans slalomer vers la droite.
- Limiter sa vitesse à 40 km/h max en remontée de file normale.
- Descendre vers 30 km/h dès que les voitures sont complètement à l’arrêt.
- Ne jamais dépasser une autre moto déjà en inter-files.
- Observer les roues et les clignotants plutôt que seulement les carrosseries.
- Laisser tomber l’inter-files en cas de pluie forte, travaux ou marquages glissants.
Côté assurance, ces bonnes pratiques ne servent pas uniquement à éviter le contact. Elles construisent aussi un profil plus défendable en cas de litige. Quand un expert reconstitue un accident, des traces cohérentes avec une inter-files stable, à vitesse modérée, alignée avec les règles connues, jouent en ta faveur. À l’opposé, des impacts typiques d’un dépassement par la droite ou d’une trajectoire oblique à grande vitesse compliquent toute discussion, surtout dans le contexte des décisions déjà rendues par la Cour de cassation.
Le choix de l’itinéraire compte aussi. Certains axes tolèrent mieux une inter-files régulière, d’autres cumulent sorties rapprochées, poids lourds et bus articulés. Les retours d’expérience de motards qui pratiquent quotidiennement des zones comme le périphérique ou les grands boulevards aident à identifier ces pièges récurrents. Savoir quand renoncer temporairement à l’inter-files, par exemple à l’approche d’un échangeur saturé, évite autant les accrochages que les longues discussions avec un assureur sceptique.
Enfin, rappeler que la sécurité ne se joue pas seulement sur la route. Une moto bien entretenue, des freins réactifs, des pneus adaptés à la saison, un éclairage propre, ce sont des mètres gagnés au freinage et des dixièmes de seconde économisés dans la détection d’un clignotant. Un trajet serein, c’est un mélange de réglages mécaniques, de discipline personnelle et de compréhension fine du terrain légal sur lequel tu roules.
Accident en inter-files, flash et dommages corporels : comment la jurisprudence pèse sur ton indemnisation ?
Lorsqu’une moto roule en inter-files et qu’un accident survient au milieu des voitures, le flash n’est parfois que la partie visible du problème. Le vrai enjeu, ce sont les blessures, l’arrêt de travail, la machine à réparer ou à remplacer, et la discussion qui s’ouvre avec l’assureur. Entre la loi de 1985, les textes récents sur la CIF et la jurisprudence de 2024 à 2026, l’indemnisation peut basculer dans un sens ou dans l’autre selon la façon dont la scène sera lue.
Les chiffres de l’ONISR publiés en 2024 sur l’année 2023 rappellent l’ampleur des dégâts : plus de 3 000 morts sur les routes, dont plusieurs centaines de motards, et des milliers de blessés graves parmi les deux-roues. Même avec casque, gants et blouson renforcé, un choc latéral en inter-files peut laisser des séquelles durables. D’où l’importance de comprendre comment la responsabilité est répartie lorsque la moto circulait entre les voitures au moment de l’impact.
La loi du 5 juillet 1985 protège globalement les victimes d’accidents de la circulation, mais ouvre une porte à la réduction ou l’exclusion de l’indemnisation si le conducteur a commis une faute en lien avec l’accident. Pour un motard, la question devient vite : la manière de rouler en inter-files relevait-elle du cadre légal, ou franchissait-elle la ligne rouge ? Ce n’est pas une nuance théorique, c’est ce qui décide, parfois, si la prise en charge de certains préjudices sera intégrale, partielle ou sabrée.
Les assureurs utilisent volontiers l’argument de l’inter-files “imprudente” pour diminuer ce qu’ils versent. La tendance récente des tribunaux, toutefois, est de ne plus se contenter de ce mot-clé. Ils demandent du concret : vitesse au moment de l’impact, lieu précis (département, type de voie, zone ou non couverte par le décret), configuration du trafic, respect du couloir entre les deux voies de gauche, existence ou non de signalisation spéciale. L’arrêt de la Cour d’appel de Paris de décembre 2023 illustre bien ce virage : faute de preuve d’un non-respect des conditions, la circulation en CIF n’a pas été étiquetée “faute”.
Tout se joue alors sur la préparation du dossier après l’accident. Si tu roulais en inter-files dans une zone autorisée, à une vitesse raisonnable, et que c’est un changement de voie brutal d’une voiture qui t’a percuté, il devient vital de le documenter : constat bien rempli, témoignages, photos du lieu, relevés des forces de l’ordre si elles interviennent. Plus ces éléments montrent que tu collais à la réglementation, plus il est difficile à l’assureur de réduire ton indemnisation en agitant simplement le drapeau “inter-files”.
Là encore, l’entretien de la moto et tes choix de trajectoire peuvent refaire surface. Une remontée de files sereine, avec clignotant, feux en bon état, positionnement clair et marge de sécurité, renforce ton statut de victime aux yeux d’un juge. À l’opposé, un comportement assimilable à un zigzag rapide ou à un dépassement par la droite hors zone légale donnera des arguments supplémentaires à ceux qui cherchent à te faire porter une partie de la faute.
Enfin, un point souvent négligé : le suivi après l’accident. Prendre rapidement conseil, récupérer les rapports, vérifier la cohérence entre ce que tu as déclaré à chaud et ce qui figure dans les documents officiels, tout cela influe sur la suite. Le juge, des mois plus tard, lira un dossier figé. Autant que ce dossier reflète précisément la réalité du jour J, surtout si un flash radar est venu s’ajouter au choc en cristallisant un moment très précis de ton trajet.
Un trajet serein, surtout en inter-files, commence bien avant le moment où le compteur s’allume et se poursuit longtemps après, quand les papiers circulent entre expert, assureur et tribunal. L’avantage, maintenant, c’est que tu sais sur quel terrain légal tu joues.
La circulation inter-files est-elle complètement légale partout en France depuis 2025 ?
Non, la circulation inter-files est encadrée et autorisée uniquement sur certains types de voies : autoroutes et routes à deux chaussées séparées par un terre-plein central, avec au moins deux voies dans le même sens, et relevant du régime des 70 km/h dans le Code de la route. Des exceptions locales peuvent exister via une signalisation spécifique. En dehors de ce cadre, la remontée de files reste soumise aux règles classiques du Code de la route, notamment l’interdiction de dépassement par la droite.
Un radar peut-il flasher une moto en inter-files même si elle respecte les 50 km/h ?
Oui. Le radar mesure uniquement la vitesse et, selon son installation, la présence d’un véhicule sur une voie donnée. Il ne sait pas si tu circules dans le cadre légal de la CIF ni si les voitures autour de toi sont à l’arrêt. Si la limitation générale de l’axe est inférieure ou si la vitesse relevée dépasse la marge autorisée, le flash déclenche une infraction comme pour tout autre véhicule.
En cas d’accident en inter-files, mon indemnisation peut-elle être réduite ?
Oui, si une faute de conduite te concernant est démontrée : vitesse excessive, inter-files en dehors d’une zone autorisée, dépassement par la droite hors cadre légal, trajectoire imprévisible. La loi de 1985 permet alors de réduire ou d’exclure ton droit à indemnisation. À l’inverse, si tu respectais les règles de la CIF et que rien ne prouve une faute, la jurisprudence récente tend à reconnaître ton droit à réparation pleine.
Comment augmenter mes chances en cas de contestation de PV liés à l’inter-files ?
Il faut rassembler des éléments précis : lieu de l’infraction, type de voie, limitation locale, état du trafic au moment du flash, copie des clichés, éventuelles photos du tronçon et de la signalisation. La contestation doit s’appuyer sur le décret de 2025 et l’article R. 412-11-3 du Code de la route, en montrant que ta trajectoire et ta vitesse restaient dans le cadre prévu. Cibler les PV les plus discutables est souvent plus efficace que tout contester.
Puis-je rouler en inter-files sur le périphérique parisien malgré la limitation à 50 km/h ?
Oui, le décret généralisant la circulation inter-files a été rédigé pour maintenir cette possibilité. Il se réfère au type de voie (régime des 70 km/h dans le Code de la route) et précise que l’inter-files reste autorisée même si une autorité locale abaisse la vitesse maximale sur cet axe. En revanche, tu dois respecter les conditions de la CIF : circulation dense, positionnement entre les deux voies de gauche, vitesse limitée, et prudence maximale aux entrées et sorties.


